Lever à 7h. Nous avons décidé de profiter ce matin de la marée
descendante pour éviter les conditions telles que celles d'hier. La
renverse est à 11h25. Nous devons être arrivés avant en tenant compte
d'un arrêt-téléphone pour confirmer au loueur notre arrivée demain à
Tadoussac. Nous partons avant 9h de notre petit port. En raison de la
marée basse, il faut maintenant porter les bateaux à l'eau à travers
les rochers. La météo de ce matin a diffusé un avis de vent fort pour
les petites embarcations. A partir d'aujourd'hui, nous naviguons avec
les combinaisons isothermes.
Le vent souffle toujours fort mais les vagues sont beaucoup plus
maniables. Elles viennent de notre arrière et lancent parfois les
bateaux dans des débuts de surf. Dans ces conditions, nous avançons
vite. Nous sommes bientôt à la Pointe aux Crêpes, face à l'Anse de
Roche, au tournant du fleuve. Après la pointe, il faut rentrer dans
l'Anse Saint Etienne que balaient les rafales de vent, de face cette
fois. Heureusement, les vagues sont minuscules. Nous échouons bientôt
les kayaks dans la vase. Cette pause fait du bien après les parages
agités rencontrés ce matin.
Tous le groupe se dirige vers les maisons proches où se trouve un
village de vacances. Vincent, Patrick et moi faisons l'aller-retour au
chalet principal pour téléphoner puis nous regagnons les bateaux et
repartons. Nous n'aurons même pas profité de la tarte aux bleuets en
vente au magasin.
La fin de l'Anse Saint Etienne se passe sans histoire. Nous longeons
la rive gauche en subissant les rafales de vents qui nous
poussent. Quelques tentatives de surfs sur les vagues pour les plus
téméraires. Plus le temps passe, plus notre allure diminue. Le cap
donnant accès à l'Anse des Petites Iles ne se rapproche pas vite. Il
faut se rendre à l'évidence: nous avons du courant contre nous.
Il faut maintenant mettre la gomme si nous voulons passer avant
d'avoir trop de courant. Une course s'engage près du cap. Les vagues
gonflées par le courant se creusent et se hérissent de plus en
plus. Nous passons au forcing en gagnant mètre par mètre sur le rocher
au milieu de vagues de plus en plus impressionnantes.
Après le cap, les vagues disparaissent aussi vite et nous posons nos
étraves dans la vase à l'entrée de l'anse. Le site comporte comme
d'habitude une petite rivière ainsi que les plates-formes de camping
cachées dans les arbres. Etant presque à l'étale de basse mer, il faut
porter les bateaux sur une bonne distance pour les poser sur le gazon
à la limite de la végétation. A peine avons-nous fini que des
randonneurs débarquent par le sentier. Nous les invitons à prendre le
pastis à nos cotés avant de pique-niquer à notre tour. Ils repartent
ensuite vers l'Anse Saint Etienne à 8 km de là par le sentier.
Etant arrivé tôt une fois de plus, nous avons le temps d'explorer un
peu les environs du camping. Je monte avec Vincent sur les terrasses
rocheuses dominant le cap de tout à l'heure. La vue sur l'estuaire
prend de l'ampleur. Les courants de marée forment des traînées
blanchâtres sur l'eau. Peu de bateaux circulent mis à part le
traversier de Tadoussac. Autour de nous, de nombreux lichens de toutes
sortes recouvrent les rochers et craquent sous nos pas L'exposition au
sud favorise un climat sec avec des résineux implantés dans tous les
endroits possibles.
Après la sieste, nous partons en expédition baignade le long de la
rivière. Le sentier longe celle-ci et surmonte les différences de
niveau du terrain à l'aide de traverses en bois et
d'escaliers. L'aménagement nous laisse un peu perplexe. Il n'y a aucun
accès routier à proximité et tout cela a du venir par le sentier. Nous
trouvons bientôt une belle cascade propice à un bain en eau douce qui
va permettre de nous dessaler quelque peu. La chute comporte aussi un
bain bouillonnant. Nous redescendons au camp par le sentier en
ramassant du bois mort en cours de route. La marée a son maximum a
envahi tout l'espace disponible et notre coin de gazon est réduit au
minimum. Avec la renverse en fin d'après-midi, le courant et le vent
se sont calmés.
Avant que le soleil n'ait disparu, je pars en bateau avec Vincent
explorer la baie et ses deux îles. Les kayaks vidés de leur contenu
flottent haut sur l'eau et nous semblent très maniables. Nous allons
déranger quelques goélands en appréciant la belle lumière sur les
rives du fleuve. A notre retour, nous découvrons un couple de
randonneurs qui va partager le camp avec nous ce soir. Ils semblent
apprécier le kayak de mer et nous allons discuter avec eux une partie
de la soirée autour du feu de camp. Il est question d'expéditions dans
le Grand Nord canadien et au Groenland. Quelques gouttes de pluie
pendant le repas sont suivies d'un magnifique arc en ciel double. La
lune se lève vers 21h15 sur la rive opposée et illumine bientôt le
paysage.