Le soleil est encore avec nous aujourd'hui. Au programme, la
traversée du fleuve pour arriver ce soir à l'anse au Cheval sur l'autre
rive. Le fjord est pour l'instant comme une mer d'huile. Nous espérons
que ces conditions vont durer malgré l'annonce de la météo de vent
d'ouest assez fort.
Nous partons tranquillement une fois le camp remballé. Le matériel n'a
pas beaucoup séché dans la nuit. Les courbatures se font un peu
sentir. Anouk et Patrick ont changé de bateau avec Magali et Vincent. Ils
découvrent la maniabilité du kayak monoplace tandis que Vincent et
Magali profitent du repos du biplace pour aller voir des huards.
Après la Pointe Claveau et son feu, nous apercevons les premières îles
sur notre rive: la petite île puis l'île Saint Barthélemy. Nous avons
prévu de traverser à partir de cette dernière. Anouk commence à avoir
mal au dos. Aussi décidons nous d'une pause dans l'Anse Gagnon toute
proche. Nous débarquons dans une petite crique au soleil et mettons à
sécher tout ce qui peut l'être. Ensuite pique-nique
saucisson-concombre puis exploration du petit estuaire de la rivière
voisine.
Pendant notre arrêt, le vent s'est levé. Il souffle en rafales sur les
arbres des crêtes environnantes. On ne peut pas voir directement
le fleuve d'où nous sommes aussi décidons nous de repartir sans trop
tarder. Anouk et Patrick reprennent le biplace dans lequel ils se sentent
plus à l'aise. Nous rentrons tout le matériel fragile et après
quelques conseils de sécurité, nous commençons la traversée.
Le vent étant plutôt Sud-Ouest actuellement, il nous arrive de l'Anse
du Petit Saguenay. Pour profiter d'un angle plus favorable encore par
rapport aux vagues, nous décidons de partir au vent de l'île Barthélemy et
d'arriver sous le vent de l'île Saint Louis sur l'autre rive. La marée
haute étant vers 17h, nous allons devoir affronter des vagues créées
par le courant.
Le passage de l'île Saint Barthélemy n'est pas très commode. Le
courant de flot qui s'engouffre autour de l'île lève des vagues qui
nous rincent efficacement. Dès que nous sortons dans le courant
principal, la hauteur des vagues diminue. Avec le vent qui souffle en
ce moment, nous dérivons dans la bonne direction. Les monoplaces sont
difficiles à diriger sans leur gouvernail. Ils ont tendance à tomber
en travers du vent.
Un peu avant d'arriver à l'île Saint Louis, nous rencontrons une zone
de brisants dus au courant contraire. Certaines vagues déferlent et
Patrick et Anouk ont du mal à garder leur bateau perpendiculaire aux
vagues. C'est assez impressionnant mais les bateaux restent très
stables. La mauvaise zone est maintenant derrière nous.
Nous allons nous abriter dans une crique à l'est de l'Ile Saint Louis
pour reprendre notre souffle puis nous repartons vers l'aval. Quelques
nouvelles zones de vagues déferlantes nous obligent à adopter la
position du radeau momentanément.
Un dernier cap à passer et nous débouchons dans l'Anse au Cheval,
havre de calme et de silence après ces moments de tension. Le coté
positif des choses est l'horaire rapide de notre traversée. Pour une
fois, nous arrivons tôt au camping. Nous avançons tranquillement vers
le fond de la baie où nous distinguons déjà les plateformes de camp
sur le gazon. La marée haute a envahie la petite rivière voisine. Nous
la remontons en kayak jusqu'à un premier barrage de castors où je fais
demi-tour. Magali et Vincent passent l'obstacle et continuent un peu
plus loin jusqu'à un second barrage plus important.
Vers 17h, l'eau envahit le gazon et cache tous les rochers. Le
coefficient de marée maximum est aujourd'hui. On pourrait se croire au bord
d'un lac. Quelques oiseaux s'approchent sur les rochers, visiblement
dérangés par notre présence. Nous commençons à monter les tentes et à
rassembler du bois mort pour le feu. Magali pèche. La température
s'est nettement rafraîchie et pour la première fois de notre périple,
l'atmosphère devient vivable. Les moustiques ont même disparus
Un zodiac se dirige vers nous peu après. Il amène une garde du Parc du
Saguenay en tournée d'inspection ainsi que deux photographes. Ils se
promènent un peu partout avant de repartir comme ils étaient
venus. Nous n'avons même pas réussi à avoir un permis de camping pour
le jour suivant.
Je prends la relève de Magali pour la pêche avant d'accrocher ma
cuillère une nouvelle fois. Il faudra attendre la marée basse de ce
soir pour la retrouver.
Nous dînons autour d'une des plateformes. tandis que le soir
descend. Avant qu'il ne fasse nuit complètement,
je vais visiter le barrage de castor à pied. Je découvre l'animal en
train de réparer la brèche que Vincent a faite en passant les
kayaks. On pourrait presque l'imaginer en train de râler après les
vandales qui ont fait ça. Il consolide son barrage en amenant de la
terre, des herbes ou des branchages. Observation sympathique à
quelques mètres.
Après le repas, tisane, digestif puis balade sur la grève voisine à
marée basse. La lune tarde à sortir puis apparaît enfin à 21h avant
que nous n'allions nous coucher.