Ce matin, un petit vent d'est a levé un clapot désagréable. Nous
allons devoir lutter un peu pour avancer. Nos voisines sont parties
tôt, ayant anticipé les conditions sur l'eau. Il est déjà 9h30 lorsque
nous démarrons. Il faut alterner la progression en eau profonde ou au
contraire l'abri derrière une pointe. La côte à cet endroit est
inhospitalière sur plusieurs kilomètres.
Ce n'est que vers midi que nous atteignons l'anse de l'Ermite qui va
abriter notre pique-nique. La marée basse a découvert quelques rochers
qui forment un petit port où le clapot n'entre pas. Il faut quand même
remonter les bateaux pour éviter de mauvaises surprises après la sieste.
Le vent de ce matin est maintenant tombé. A sa place, un gros nuage
d'orage se forme sur la Baie Eternité qui nous fait face. Quelques
grondements de tonnerre viennent troubler le calme des lieux. Nous
repartons dès que les bateaux flottent vers l'Anse du Portage en
surveillant le ciel. Les falaises du Cap Eternité dominent la rive
opposé. Elles rappellent à Patrick et Anouk quelques bons souvenirs de
navigation. Nous longeons également sur notre rive quelques belles
falaises. Au pied de l'une d'elle, un phoque fait la sieste. Nous
passons sans le déranger en remontant le courant.
Le ciel se couvre de plus en plus. L'orage arrive bientôt sur nous
tandis que nous traversons une grande baie en face de l'anse
Aimable. Nous décidons de tirer vers le bord pour nous abriter un
peu. Un vrai déluge commence peu après. Les gouttes semblent
transpercer la surface de l'eau qui se met à fumer
littéralement. Ayant du rechange dans des sacs étanches, nous n'avons
pas trop à nous en faire. Pourtant, au bout d'une demi heure de ce
régime, nous commençons à en avoir marre et pagayons sans perdre de
temps pour essayer d'échapper à ces trombes d'eau.
La pluie se calme en face de l'anse Saint Jean. Il reste deux
kilomètres avant la plage. Une fois débarqué, tout le matériel trempé
est mis à sécher. Le temps est malheureusement encore humide et
l'évaporation reste très limitée. Le feu aura même du mal a démarrer
faute de bois sec. Je prends la suite de Patrick qui abandonne ses
tentatives de feu pour aller pécher avec Magali. Il accroche encore
une fois une cuillère...
Nous installons les tentes sur de beaux emplacements avec vue dégagée
sur le fjord. Quelques écureuils manifestent leur présence. La lumière
du soir descend sur l'Anse Saint Jean.
Nous dînons assailli par les mouches et ne tardons pas à aller nous
coucher après les émotions de la journée. La lueur de la lune n'est
aperçue que quelques instants avant l'extinction des feux.