La nuit a été bonne malgré la chaleur et les moustiques. Le pliage
du camp a lieu en douceur. Il faut arriver à faire rentrer dans les
coffres tout le matériel sorti. Le remplissage du bidon étanche avec
les duvets donne lieu à une pyramide humaine pour tasser le contenu.
Il fait grand beau ce matin et nous devrons encore nous
protéger du soleil. La brume nous cache encore les contours du
rivage. Les kayaks sont descendus un à un au bord de l'eau.
L'ambiance sur l'eau est un peu irréelle. Le monde extérieur a
completement disparu. Seuls subsistent quelques bateaux suspendus au
bord des rochers.
Nous partons sur le fjord embrumé en longeant les
falaises sous le Cap Escarpé. Un autre phoque se montre ici aussi
furtivement. Glissement des bateaux au pied des rochers et gestes
répétés des pagaies qui brillent au soleil. De belles dalles plongent
d'un jet dans l'eau sombre. C'est tentant pour de l'escalade.
Nous arrivons bientôt à Sainte Rose du Nord où nous avons décidé
d'attendre un peu la marée descendante. Le débarquement a lieu au pied
du quai et nous devons remonter les bateaux une fois de plus pour les
mettre à l'abri. Le ferry arrive juste au moment où nos voisines de
cette nuit débarquent. Elles en sont quitte pour quelques éclaboussures.
Une visite au dépanneur est suivie d'un apéritif à l'ombre à coup de
bière blanche. Nous mangeons une glace et allons ensuite sur les
rochers pour essayer d'augmenter l'ordinaire avec du poisson. En vain
à nouveau. Un vison, juste à coté, a l'air de trouver l'endroit à son
goût. Nous l'observons plusieurs minutes tandis qu'il plonge entre
les rochers. Il faut bientôt repartir si nous voulons atteindre notre
camping avant la nuit.
Après le Cap Rouge, une petite plage nous fait de l'oeil. Elle sera
notre lieu de pique-nique ainsi que de baignade. Nous sautons à tour
de rôle dans l'eau couleur rouille sombre du haut des rochers. Le
chocolat immergé avant le repas n'arrive pas à retrouver une
consistance vraiment solide et reste à l'état pâteux. Il ne passera
pas néanmoins le cap du café, présent grâce à la thermos de
Vincent.
Il nous reste à peine dix kilomètres pour la fin
d'après-midi. Nous passons devant Saint Basile de Tableau puis à
nouveau quelques falaises avant de trouver notre plage dans la Baie
Trinité. Vincent et moi avons traîné le long des rives pour jouer avec
le courant de la marée montante et arrivons alors que le reste de
l'équipe est en pleine baignade. Vincent entouré des baigneurs manque
de passer à l'eau. Heureusement, il transporte les vivres...
Lorsque nous débarquons, Patrick a déjà visité les emplacements et
nous recommande un site en hauteur sur une petit butte dominant le
fleuve. Adjugé. Nos kayakeuses d'hier sont encore là ce soir,
installées à l'autre bout de la plage. Nous montons les tentes sur les
plates-formes puis allons pêcher du haut des rochers pendant que le
riz cuit. Je perds une première cuillère à ce jeu là. Patrick en
accroche une autre dans les rochers. Nous attendrons la marée basse
pour la décrocher. Toujours aussi peu de poissons dans le coin.
Le dîner a lieu au coin du feu. suivi par une tisane et un digestif
(Cognac ou Baileys). Le lever de lune à 20h30 est tout aussi spectaculaire
qu'hier. Les reflets s'étendent sur tout le fjord. La Baie Trinité est
située dans un angle de la rive et une fois encore, aucune lumière ne
vient troubler notre soirée si ce n'est un cargo vers 23h. Je décide
de bivouaquer tandis que les autres rentrent sous la tente mais je
dois piteusement en faire autant peu après en raison des moustiques
voraces.