Ayant toujours avec nous le décalage horaire, nous sommes debout à
6h30, peu après le lever de soleil. Moment privilégié au bord de l'eau
calme en attendant que les autres se lèvent. Aucun souffle de vent. Le
fjord nous attend.
Il faut ce matin trier le matériel et charger les bateaux. Devant le
chargement étalé sur le gazon, nous doutons d'abord de la capacité des
soutes à accueillir toutes les vivres prévues.
Mais petit à petit, les choses s'organisent et trouvent leurs
places. Les coffres acceptent en fait des volumes importants à
condition de fractionner le chargement. Les duvets encombrants sont
placés dans un bidon étanche sur le pont du biplace. On répartit le
reste des affaires entre les bateaux pour éviter un problème en cas de
chavirage.
Vers 10h30, les bateaux pleins, il est temps de partir. Le transport
sur la plage avec la marée basse n'est pas facile et il faut
s'y prendre à cinq pour déplacer le biplace ainsi que le bateau de
Vincent qui contient la plupart des vivres.
C'est bientôt l'heure de l'embarquement. Patrick et Anouk dans le
biplace, les autres en monoplace. Les moustiques vont nous
quitter. Le soleil déjà haut ne nous rate pas. La crème solaire et
les casquettes sont bien utiles.
Pas un souffle de vent. La marée basse a découvert des roches et
des îles que nous contournons. Quelques canards nous évitent
lentement. Un phoque montre au loin le bout de son museau mais plonge
à notre approche pour ressortir derrière nous. Cette manière de faire
sera commune à tous les phoques rencontrés.
Après l'anse à Pelletier, nous découvrons une plage propice au pique
nique et échouons doucement les bateaux sur le sable. L'eau chaude
incite à la baignade. Ce que nous faisons illico. Pourtant cette
chaleur ne concerne que la couche superficielle. Le fond de l'eau est
glacial. Après la baignade, le casse-croûte. La marée montante nous
oblige à remonter les bateaux régulièrement tandis que la plage se
rétrécit. Après une petite sieste, il est temps de reprendre la
navigation.
Un petit clapot vient agiter le fond de notre abri. Nous repartons
vers le Cap à l'Est en remontant le courant heureusement peu
marqué. La côte devient escarpée et les plages se font rares.
Le passage du Cap marque notre entrée dans le fjord. Comme l'après-midi
avance, il nous faut maintenant gagner l'Anse de Sable, notre étape du
jour. Vers 18h, elle apparaît enfin après quelques kilomètres et nous
découvrons le drapeau québécois en lisière des arbres qui abritent les
plates-formes de bois pour les tentes. La plage est largement
découverte par la marée descendante.
Une petite rivière rejoint le Saguenay à cet endroit. Vincent et
Magali vont observer un groupe de huards tandis que Patrick et Anouk
débarquent. Comme nous nous installons, les moustiques en font autant
et ce malgré le feu allumé par Patrick avec le bois de grève.
J'explique à Magali les rudiments de la pèche
à la cuillère tandis que le repas chauffe. Mais nous
rentrons bredouilles. malgré de nombreuses tentatives. Dans le
lointain, deux points s'approchent lentement en longeant la rive: 2
kayakeuses parties ce matin de Chicoutimi. Belle étape de 30
km. Elle partageront notre camping ce soir. La nuit tombe
doucement. Le fleuve est calme. Pas une lumière sur la rive d'en
face. Nous sommes seuls au monde. La lune se lève peu après et son
reflet joue sur l'eau.