Mercredi 14 avril 1999: Pothia - Vathi
Beau temps et petit vent de
sud. L'agitation du port ne nous a pas empêché de dormir...
8h30: Une partie de l'équipage levé. Café grec et
jus d'orange au café en terrasse puis visite de la ville.
Eric et Papy ont testé les Girospitas locaux: "Très bons". On
peut leur faire confiance.
Nous montons à travers les ruelles
au monastère qui domine la
ville. Les femmes ne peuvent entrer que si elles sont en jupe et
manches longues... Nous accédons malgré tout à la terrasse d'où la vue
couvre la ville et ses environs.
Au retour, achat de cartes postales et courses.
Météo: sud-ouest 6 à 7 tournant ouest 5
modéré.
12h00: Minh: "Il va falloir faire de l'eau. La manip va être
scabreuse sur un coin de quai encombré."
Nono: "Finalement la manoeuvre se
passe très bien (Le gars nous fait de la place et nous prête un
mouillage). On repart avec le plein d'eau, un stock d'aubergines, de
concombres et de yaourts (satzikis en perspective). Très bonnes
brioches au sésame, graines d'anis et de pavot en face."
13h00: "Départ pour Vathi. On fuit le stress de la capitale
(scooters, klaxons dans tous les coins, magasins en tout genre mais
avec une belle unanimité dans le style kitsch-roccoco."
13h15: Steph: "Envoyons grand-voile + génois et abattons
vers l'est vers Pserimos. Arrêt moteur. Aucun regret, si ce n'est
celui de laisser derrière nous beaucoup de sourires, de quitter le
port urbain emprunt des facéties d'une civilisation qui nous
fait pourtant vivre, bien que des fois...
Papy, Anne, Gael et Stéphane sont descendus du monastère dans la
camionnette d'un pope venu célébrer la messe à la soeur
abbesse et à ses ouailles. Le pope nous a appris avec passion et en
français - il a séjourné 30 ans en Belgique - les
divergences entre les églises chrétiennes. Il connaît
son affaire. 40 paroisses dont la sienne sur l'ile. Mais les
responsables à Rome et Constantinople, dit-il, se font des
bouffes-séminaires dans lesquels ils s'éclatent les
foi(e)s. Au moins une approche commune. Pour en finir avec les
orthodoxes, leurs églises pas vraiment dans le style roman et
dépouillé, ressemblent maintenant au rayon blanc des
Galeries Lafayette au moment des soldes. La résurrection d'un
mec, la lessive de son linceul transpireux doivent y être pour quelque
chose."
14h15: Nono: "Nous arrivons à
Vathi, au fond d'un joli fjord bordé de falaises à pic. On en
est à la deuxième tentative d'amarrage: on est le seul bateau de plaisance
du port, alors on peut faire les difficiles. Un type prend, euh
arrache l'aussière des mains du Grand... Après plusieurs essais
(l'endroit est plus agité qu'on ne le croyait, une petite houle
résiduelle pénètre dans la baie), on s'installe pour
déjeuner..."
15h00: après un léger choc à l'arrière, le déjeuner est
interrompu
pour une nouvelle manoeuvre, définitive cette fois. Pendant le repas,
des allemands s'installent au bout du quai après une manoeuvre propre
et nette. Peu après, la baignade est de rigueur.
16h00: café grec à la taverne.
17h00: nous partons en promenade.
20h00: Steph: "Nous en rentrons après avoir cheminé tant dans le
fond de la vallée, planté d'agrumes en fleurs et de
tomates, que du promontoire du bord de mer. Les routes sont
étroites et les chauffeurs-chauffard d'engins
hétéroclites au nombre de roues varié et aux
chargements divers semblent d'une témérité sans
borne."
"Puis la route de Pothia, nouvellement
recalibrée, nous emmène, au prix d'efforts très raisonables,
sur le sommet de la falaise. Le spectacle fait taire même le râleur de
service ("quand est-ce qu'on arrive" ?). Alias ?"
"Vraiment fabuleux. Au loin, vers l'est, les côtes turques un peu
beaucoup marquées par l'alignement fréquent de club Med
locaux. Plus près de nous, Pserimos et surtout Plati avec sa petite
chapelle très blanche au toit bleu."
"Tout cela exacerbé par les tonalités colorées du
couchant. La palette porte à l'infini, dans toutes les dimensions
palpables".
"D'aucuns s'adonnent aux plaisirs du cerf-volant dirigeable (sur celui
du Grand). Avec plus ou moins de bonheur. Puis descente rapide au
bateau par les raccourcis."

Soirée: Steph: "Partis pour prendre l'apéro au
bistrot/taverne/yacht-club qui domine la cale, nous y jettons l'ancre
et dévolu pour le dîner. Notre décision ne fait pas
l'unanimité dans le staff et les plats, élaborés
à la demande, tardent et se font désirer avec malice. Lambshop,
octopus with onions and red wine, calamari fritti with french potatoes
home-made, tout est quasiment inédit au moins dans la manière
de faire et les saveurs "méditerrannéennes" (octopus
"BBQ like"). Yakut local, fruité, goût de muscat et léger
Retsina honorable nous font d'abord patienter puis accompagnent le
repas.
Tout se passe de mieux en mieux. Nous sommes en fait les premiers
clients de la saison sans le savoir. Notre hôte - grec mais tirant sur
le serbe - attribue une importance démesurée à notre
visite: d'elle dépendra la suite de ses affaires pour la
saison. Nous offrons au tavernier quelques cigares contre ses
bouteilles. Nous rentrons à bord fort tard, non sans bouteilles à demi
ou carrément pleines et non sans avoir longuement
évoqué la situation géopolitique de la vieille
Europe par ce grec éduqué à l'école
montréalaise et aux jugements définitifs (allemands et
musulmans hégémoniques)."