Vendredi 16 juillet 1999: Runavík - Nólsoy
Ce matin, on est à la bourre. Le bus pour Toftir passe dans
quinze minutes et on a pas encore fait les sacs. Comme on doit
enchaîner avec un ferry pour Tórshavn, il n'est pas
question de se planter. C'est au pas de course qu'on rejoint
l'arrêt de bus alors qu'un soleil timide commence à se
montrer. Mais comme d'habitude, les voies du Ferðaætlan
(l'horaire officiel) sont impénétrables: le ferry
envisagé ne circule qu'à partir du 1er aout et le bus
est en fait un minibus. Qu'à cela ne tienne, nous irons
à Tórshavn par la route.
En avant donc pour Søldarfjørður où nous attrapons le bus 400 qui fait la navette entre Leirvík et la capitale.
Le temps est redevenu médiocre et n'incite pas trop à la randonnée. Les kilomètres défilent ainsi que les stations services. Nous retrouvons des endroits déjà visité: Statoil à Skálabotnur, Shell à Oyrarbakki. Quelques tunnels aussi qui évitent des kilomètres de routes en lacet.
Il pleut toujours quand nous débarquons au terminal des
bus sur le port de Tórshavn. Le bateau pour Nólsoy ne
démarre qu'à midi. Cela nous laisse un peu de temps pour
faire une visite à l'Office du Tourisme et prendre un
café dans un salon de thé de l'autre coté de
Tinganes, la colline du parlement historique. Petite tournée de
cartes postales et plans pour
l'avenir.
Nous envisageons la nuit prochaine sur Nólsoy et un rapatriement demain vers Vágoy et son aéroport. Mais pour l'instant rejoignons le quai où le "Ritan" fait mugir sa sirène signalant son départ imminent.
Sur le pont avant, une voiture a été soigneusement amarrée. Pas mal de touristes sur le bateau qui profitent de l'existence d'une autre navette à 15 h pour se payer une petite virée dans l'île d'en face. Le trajet est ridiculement court et en 20 minutes, on quitte la ville pour se retrouver à la campagne sur Nólsoy.
Le soleil daigne se montrer pour agrémenter notre
arrivée au port. Les petites maisons multicolores sont
alignées bien sagement le long des quelques rues. Le port
laisse juste la place au ferry pour faire demi-tour. Ici encore, la
navette est l'événement de la journée et le public local
surveille du coin de l'oeil tous ces étrangers qui
débarquent.
Tandis que nous montons vers le point d'information local, le propriétaire de la voiture transportée a repris possession de son engin et s'amuse à le faire vrombir sur les quelques centaines de mètres de goudron. Présence un peu anachronique de ce véhicule bruyant dans ce coin d'île calme.
Le bureau d'information est atteint après un parcours
labyrinthique dans les ruelles. On nous propose de nous installer pour
camper dans le jardin en contrebas. Cela nous convient d'autant plus
que le soleil est maintenant bien présent et qu'il nous donne
l'occasion d'une séance déballage-séchage tandis
que nous pique-niquons. Un petit café et nous retraversons le
village à 14h30 avec comme destination la partie sud de
l'île.
Le magasin local est ouvert. On ne néglige pas une pareille occasion. Hélas, le stock de pain est épuisé. Nous nous contenterons donc de krisprolls. Devant nous à la caisse, les françaises en correspondance avec nous à l'avion de Billund achètent des glaces. L'archipel est vraiment petit. D'ici à ce qu'on retrouve la danoise, il n'y a pas loin.
La montée
plein sud nous fait prendre de la hauteur jusqu'à dominer le
village progressivement. Le "Ritan" termine sa rotation de
15 heures en éloignant les touristes. Nous allons pouvoir
explorer tranquillement. Sur le sommet à 372m, vue
étendue sur les îles alentour et sur quelques oiseaux
habituels: pluviers, courlis, huîtriers. Un panorama si vaste est par
contre inhabituel. Pourvu que ça dure. La suite de l'île
n'est pas visible.
Nous tâchons de rejoindre les hautes falaises qui bordent
l'île du coté est. D'après la carte ça a
l'air assez impressionnant. Une fois sur place, nous confirmons
effectivement cette impression. Des nuées de pétrels et
macareux voltigent à tous les niveaux de cet immense HLM tandis
que sur l'eau, chaque point représente un oiseau
posé. Il est difficile d'imaginer plus dense. Les autres
occupants sont quelques moutons qui parviennent à
accéder à de minuscules terrasses en saillie sur la
paroi par on ne sait quel chemin.
Nous longeons le vide sur quelques kilomètres tandis qu'une
averse vient se rappeler à notre bon souvenir. Le bout de
l'île approche. Une dernière coupure dans le terrain et
nous arrivons enfin au phare qui marque le terminus de cette
face. Petite pause chocolat-pomme au pied de la maçonnerie
imposante avant de poursuivre vers l'autre phare sur
l'extrémité sud. Quelques petits lacs abritant des
eiders. Plus loin, les sternes mènent un combat farouche contre tout
intrus susceptible de perturber la zone de nidification. Un labbe et
quelques goélands en font l'expérience. Après
un essai, nous rebroussons prudemment chemin et rentrons vers
le village.
Les marais et tourbières se succèdent tout au long des
sept kilomètres de notre trajet et nous arrivons un peu las en
vue des maisons. Youx s'arrête pour une dernière
observation sur une falaise à Grønadalsnøva tandis que je
rentre faire chauffer la soupe. A celle-ci succède une
platée de pâtes à la tomates qui nous remet
d'aplomb.
Un vieux gréement aperçu ce matin vient de rentrer au port. Son équipage passe en revue un répertoire de chansons dont nous ne comprenons rien tout en éclusant des bouteilles de bière à un rythme respectable. Une petite visite au bord du quai ne nous en apprendra pas plus. Il doit s'agir d'une sorte de bisquine locale. Nous découvrons par la même occasion la maison du conservateur de l'île avant de rentrer nous coucher. Les gamins du village sont tous en train d'essayer des rollers dans les petites rues.