Tout d'abord, pourquoi les Féroé ?
Nous disposions chacun d'une semaine de vacances et nous voulions initialement aller en Islande. Mais cette île est trop grande pour un séjour si court. Il fallait trouver quelque chose de plus petit. C'est alors qu'en consultant une carte, nous sommes tombés sur cet archipel peu connu à mi-distance de notre but primitif.
Après un passage au Comptoir d'Islande à Paris, la décision était prise. Les billets furent achetés par téléphone.
Samedi 10 juillet 1999: Paris - Billund - Vágar
Partis de Vernon aux aurores, Youx me dirige habilement à travers la banlieue parisienne pour rejoindre l'aéroport de Roissy. La préparation des sacs a duré tard hier soir. Il s'agit de ne rien oublier. Nous ne savons pas sur quelles ressources nous pouvons compter sur place. Nous trouvons le parking habituel de Roissy complet et devons aller quémander une attestation au caissier pour éviter de subir le plein tarif. En salle d'embarquement, le vol de Zurich se fait attendre et retarde le nôtre. Heureusement qu'il y a de la lecture. La perspective d'avoir à sécher des chaussures prochainement nous fait prendre une cargaison de journaux qui ne serviront pas tous. Nous décollons enfin pour Billund.
Dès l'atterrissage, nous sommes pris en charge par une hôtesse
qui nous guide vers un autre avion en attente. Correspondance
rapide. Deux passagères françaises sont dans notre
cas. L'avion décolle tout de suite tandis qu'un gamin hurle et
que les passagers se précipitent sur le catalogue des ventes
hors taxe. La mer de nuages remplace bientôt le soleil et va
durer tout le vol.
Dès l'avion posé et après les applaudissements, nous apercevons notre premier huîtrier-pie en bord de piste. Il n'a pas l'air de faire très chaud. Les habitués ont gardé des vêtements à portée. Les touristes débarquent en T-shirt et se font repérer par le douanier. Quelques formalités. Nous achetons un pass au bureau du tourisme pour voyager entre les îles et réservons notre premier ferry vers Mykines qui part dans 40 minutes de Sørvágur à trois kilomètres d'ici. Il faut entretemps trouver un magasin qui vend du gaz car les transports aériens limitent ce genre d'approvisionnement.
Départ à pied et en short-basket pour le village. Prise
de contact avec ces îles. Un petit vent frais nous incite
à remettre promptement un pantalon. Le paysage sans arbres
parait austère. Des landes vertes à perte de vue et le
haut des reliefs dans les nuages.
Nous trouvons un magasin et achetons le gaz qui nous manque. Nous réalisons également qu'il y a un décalage d'une heure à prendre en compte sur notre montre. Ca nous laisse un peu de temps. Le port est désert. Laissant nos affaires sur le quai, nous tournons aux alentours pour observer les eiders et les sternes pas farouches. Un ornithologue danois nous rejoint peu après. Il nous confie qu'il en est à sa troisième tentative pour aller sur Mykines. Ca promet. Un guillemot à miroir passe près du bord. Youx fait des coches.
Après plus d'une heure d'attente, un coup de
téléphone du danois nous renseigne: il n'y a pas de
bateau aujourd'hui malgré les horaires annoncés. Petite
minute de déception: Mykines s'avère être une
mecque de l'ornithologie avec sa colonie de fous de bassans et nous
allons rater cela.
Nous bâtissons rapidement un programme de remplacement. Il est 16h. Nous irons ce soir planter la tente à Gásadalur et continuerons demain vers la côte nord pour prendre un ferry dimanche soir ou lundi matin.
Le village de Gásadalur est le
dernier village de l'archipel qui n'est pas relié par une
route. Un sentier escarpé débute à deux
kilomètres de Bøur pour rejoindre le village où
résident encore une quinzaine de personnes. Cette
randonnée de quelques heures est une bonne mise en condition
pour notre semaine. Le coin a l'air assez reculé pour ne pas
rencontrer beaucoup de monde. La route d'accès à
Bøur longe le fjord de Sørvágur. Les rencontres avec des
eiders se font fréquentes. Il y a aussi des élevages de
saumon remarquables par leurs bassins où s'agitent des
spécimens de belle taille. Youx croit reconnaître un
mergule nain. Je me garde bien de le détromper. En l'absence de
spécialistes plus éminents, c'est lui le
spécialiste durant cette semaine. Arrivant près de
Bøur, les toits recouverts de gazon surprennent. Les moutons
vont-ils brouter sur les toits ? Comment passent-ils la tondeuse
la-dessus ?
Sur l'autre bord du fjord, le rocher de Tindhølmur attire notre regard. Son versant sud à pic contraste avec la pente régulière du versant opposé. Une sorte de sculpture moderne de cinq cent mètres de hauteur. Après le village, notre premier courlis. En fait, nos premiers courlis tellement ils abondent dans les prés. Nous apercevons furtivement une bécassine avec un vol remarquable. Aussi remarquable est son cri qui ressemble au bruit d'une règle en plastique plaqué sur une table.
Le terminus de la route apparaît bientôt. Quelques
campings-cars à proximité des travaux abandonnés
d'un tunnel pour la route. Le sentier balisé démarre
immédiatement vers les hauteurs. Nous suivons les marques de
peinture orange vif et les cairns sans difficulté
particulière. Il faut monter pour rejoindre une sorte de balcon
qui longe le sommet des falaises. Les nuages nous environnent
bientôt. C'est habituel ici. Une petite pause au col. Cinq cents
mètres avec notre chargement, c'est honorable. La descente est
encore plus raide par un sentier en zig-zag. Enfin nous apercevons les
quelques maisons du village groupées en bordure d'une
falaise. Un vrai bout du monde. En face, l'île de Mykines nous
nargue avec ses rayons de soleil.
Nous posons les sacs quelques minutes pour observer la falaise toute proche. Des macareux occupent tous les emplacements de gazon disponibles tandis que les pétrels se disputent le reste. A proximité, le monte-charge rudimentaire qui permet de hisser des charges depuis les rochers en bord de mer. Egalement une plateforme pour l'hélicoptère qui assure les rotations urgentes. Les chiens du village tournent autour sans férocité. Ils ne doivent pas voir souvent du monde.
En suivant un chemin, nous arrivons au dessus des maisons dans les
pâtures à mouton. Une pancarte "Taureau
méchant" ne nous arrête même pas. Il faut
songer à trouver un coin pour camper. Si possible pas trop
près des vaches et des moutons ni sous la falaise qui nous
domine et où tournent les pétrels. Ce n'est pas la place
qui manque.
Plus tard, nous partons à la corvée d'eau à la cascade proche mais finissons trempés par pure maladresse. Une tournée de pâtes au fromage et nous nous installons pour dormir. Pas pour longtemps. Les vaches curieuses viennent tourner autour de notre tente. Je suis obligé à me livrer à un exercice d'épouvantail qui fait bien rire Youx mais réussit à chasser le bétail. Nous apercevons plus tard le fermier et sa fille qui rentrent de la traite. Il pleut dans la nuit.