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Mardi 13 juillet 1999: Eiði - Viðareiði

Ce matin, le programme chargé impose un lever matinal à 7h30. Le beau temps d'hier soir n'a pas duré évidemment et les nuages bas ont repris leur place. Nous quittons le camping à 8h45 et traversons le village pour monter en direction de Gjógv. La route directe ne nous plait guère. Aussi allons nous essayer de franchir le col à 634m qui sépare le sommet du Slaettaratindur (882m) du sommet du Grafelli (856m). Repéré hier soir à la jumelle, ça a l'air faisable mais nous ne connaissons pas l'autre versant du col.

Nous quittons la route après avoir admiré de loin les falaises d'hier soir et le terrain de foot au sol vert fluo. Montée à vue dans les pâturages. Nous dépassons le captage d'eau de Eiði et entrons dans une sorte de combe sous le col. Le plafond nuageux se rapproche. Quelques moutons peu habitués à voir du monde dans ces parages nous surveillent. Nous plongeons dans la crasse. La boussole est ressortie. Le col est très plat et jonché de pierres. Un petit vent fait défiler les nuages. On ne voit pas à 30 mètres. Ambiance. L'autre versant est supposé infranchissable. Il va falloir ruser à nouveau.

Gjógv Obliquant à angle droit vers la gauche, nous rejoignons au nord les premières pentes du Grafelli et longeons ensuite celui-ci à flanc vers l'est. A droite, nous devinons un vide assez important, impression confirmée par les quelques pétrels aperçus. Nous sommes maintenant un peu abrités du vent mais pas pour autant tirés d'affaire. Le terrain se redresse légèrement. Nous devons prendre un peu de hauteur pour éviter de s'approcher trop près du bord. Enfin, après un quart d'heure dans ces conditions, nous arrivons à l'arête est qui doit nous ramener vers le bas. Quelques passages d'escalade faciles se succèdent pour passer les petites barres rocheuses qui coupent notre progression. La recherche de l'itinéraire le plus aisé devient presque un jeu. Youx ne semble pas trop paralysé et progresse régulièrement. Pour finir, les nuages disparaissent brusquement nous dévoilant le col Gjáarskarð et le village de Funningur au bord de l'eau.

Nous reprenons la route en descente interminable pour les derniers kilomètres vers Gjógv. Un camion citerne prudent nous accompagne lentement en économisant ses freins par un usage exclusif du frein moteur. Nous atteignons bientôt les premières maisons et cherchons l'arrêt de bus qui doit nous permettre de repartir d'ici. Il est au milieu des maisons près de la poste qui est fermée à cette heure. Nous partons en exploration chacun de notre coté.

La coupure du port Le village est bâti au bord d'une sorte de faille qui abrite un port naturel. Un plan incliné équipé d'un treuil permet de déplacer les quelques barques de pêche qui s'y abritent. Tandis que je visite l'endroit, un troglodyte s'enfuie dans la falaise qui me domine. Le fond est bien visible à travers l'eau verte et transparente. Je retrouve Youx au sommet de l'escalier d'accès. Il n'est pas mécontent de ses observations d'oiseaux sur la grève: un merle à plastron, huit chevaliers, des tournepierres et une hirondelle de rivage.

A l'auberge de jeunesse Nous remontons le village vers l'auberge de jeunesse en quête d'un café. La disposition de la salle commune est peu commune: des chambres en alcôves fermées par une simple porte coulissante encerclent complètement la pièce principale. On peut presque prendre son petit déjeuner en tendant le bras depuis son lit. Nous commandons un forfait café-crêpes qui nous est servi avec des bougies allumées. Très classe. Le temps de quelques cartes postales et il est bientôt 13h, l'heure du bus.

Il est exact au rendez-vous mais ressemble plus à un 4x4 qu'à un bus. Nous ne ferons pas les difficiles. En route pour Elduvík. Il faut remonter au col de ce matin, descendre vers Funningur et aller faire le tour du fjord. Une ballade de trente minutes. L'endroit est aussi du genre bout du monde. Des jolies maisons colorées et un parc à bateaux qui ressemble à un amphithéâtre grec. Nous dénichons un petit rocher en bord de mer pour une partie de pêche avec pique-nique.

Sur Sniðgøta Le site n'est pas trop mal mais amplement fourni en algues de toutes sortes qui ne tardent pas à bloquer une de nos cuillères. Nous la perdrons malgré tous nos essais de récupération. Le bilan est quand même positif avec cinq poissons attrapés. Divers anatidés tentent de distraire Youx en passant dans son champ de vision mais il reste insensible à ces canards.

Nous reprenons notre randonnée par le sentier Sniðgøta doit nous conduire à Oyndafjørður. Cette partie de la côte est constituée d'une pente forte qui relie une falaise au dessus de nous au bord de l'eau. Le chemin s'engage à flanc là dedans et passe dans des endroits peu recommandables au point de vue de l'horizontalité. Il est absolument impossible de quitter le sentier et d'ailleurs nous n'en éprouvons aucune envie. Un kilomètre plus loin, nous croyons voir des macareux en contrebas mais en nous approchant, ceux-ci paraissent bien peu farouches. Ce sont en fait des faux oiseaux en bois qui doivent servir d'appelants pour la chasse. A moins qu'il ne s'agisse de se moquer des touristes. Le sentier gagne maintenant un col pour rejoindre le versant sud qui descend doucement vers Oyndafjørður.

Comme nous arrivons au village, il commence à pleuvoir et nous perdons le sentier. Mais le plus difficile est fait. Le magasin du village est encore ouvert. Quelques courses pour compléter notre ravitaillement puis séance de cartes postales sur une table de pique-nique en attendant un nouveau bus. Etant donné la météo qui persiste dans l'humide, les options de randonnée sur l'autre rive du fjord (traversée entre Hellur et Fuglafjørður) sont abandonnées. Le plafond nuageux est descendu plus bas que le col que nous voulions franchir et nous avons déjà donné aujourd'hui dans le genre "marche à l'aveuglette". Nous irons ce soir au camping de Klaksvík.

Un minibus nous emmène par une route en lacets vers Skálabotnur. Le chauffeur est un jeune homme qui a transformé son véhicule en une sorte de discothèque ambulante. Vu le diamètre des haut-parleurs, il peut sonoriser facilement un fjord à lui tout seul. Nous n'aurons pas l'occasion de tester l'installation car il nous dépose peu après à la station Statoil qui sert de gare routière. Nous prenons un café en attendant le bus 400. Dans celui-ci, nous retrouvons la danoise rencontrée à Saksun et lui racontons nos aventures. Correspondance avec le ferry à Leirvík. Re-café dans le bateau tandis qu'il continue à pleuvoir. Nous débarquons à Klaksvík avec l'intention de trouver le camping qui est mentionné sur la carte. Les magasins sont évidemment fermés mais les provisions sont suffisantes.

Après exploration du quartier, il faut se rendre à l'évidence: pas de camping. Il faut passer à une étape supérieure: demander de l'aide aux autochtones. Après une discussion préliminaire, l'un d'eux nous invite à entrer prendre un café. Discussion en anglais et féroïen. Le garage de la maison abrite une partie de la rédaction du journal local. Ca parle de football. On nous montre des photos. On parle également des baleines et des chasses traditionnelles, les "grindadrap". La viande de baleine est encore consommée couramment et on nous en propose d'ailleurs un morceau en direct du congélateur mais comme elle nécessite deux heures de cuisson, nous déclinons l'offre. Pour finir, on revient à notre camping. Apparemment, il n'a jamais existé à Klaksvík. Mais comme il pleut et qu'il ne veut pas nous mettre dehors comme ça, Oliver, le maître de maison, se propose de téléphoner à son cousin à Viðareiði à 15 kilomètres d'ici pour savoir quel temps il fait. La réponse nous étonne un peu: il ne pleut pas. Nous apprenons ainsi que la météo et les précipitations sont fortement liés à la direction des masses d'air et qu'il vaut mieux être sous le vent de l'archipel qu'au vent. Après ces explications, nous sommes conviés à prendre place dans la voiture car Oliver veut absolument nous convoyer sur place pour s'excuser de la météo.

A Viðareiði Le trajet est court et le moment le plus marquant est sans doute la traversée à 100 km/h d'un tunnel à voie unique. C'est une sorte de roulette russe où deux voitures avancent face à face le plus vite possible dans l'espoir que l'autre véhicule va se garer dans l'une des aires de dépassement aménagées de proche en proche. Tout se passe finalement bien et nous débarquons à Viðareiði vers 20h avec en sus une autorisation de planter la tente dans un fond de jardin. Il ne pleut pas et la météo a l'air en effet plus accueillante ici. Nous prenons congé de nos convoyeurs en les remerciant et installons la tente.

Soupe générale puis préparation des poissons pêchés aujourd'hui dans la gamelle en aluminium. En plein milieu de cette opération, panne de gaz et plus grave, avarie ennuyeuse au réchaud. Il faut improviser une réparation avec les moyens du bord, c'est à dire peu de choses. Finalement, après un changement de cartouche problématique, la cuisson peut reprendre mais le réchaud semble condamné à moyen terme. En fin de repas, nous sommes agressés par les moustiques tandis qu'un petit vent frais fait son apparition. La visibilité se lève doucement sur le paysage environnant et je vais faire quelques photos avant le coucher. Belle journée.

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