Tout d'abord, pourquoi les Féroé ?
Nous disposions chacun d'une semaine de vacances et nous voulions initialement aller en Islande. Mais cette île est trop grande pour un séjour si court. Il fallait trouver quelque chose de plus petit. C'est alors qu'en consultant une carte, nous sommes tombés sur cet archipel peu connu à mi-distance de notre but primitif.
Après un passage au Comptoir d'Islande à Paris, la décision était prise. Les billets furent achetés par téléphone.
Samedi 10 juillet 1999: Paris - Billund - Vágar
Partis de Vernon aux aurores, Youx me dirige habilement à travers la banlieue parisienne pour rejoindre l'aéroport de Roissy. La préparation des sacs a duré tard hier soir. Il s'agit de ne rien oublier. Nous ne savons pas sur quelles ressources nous pouvons compter sur place. Nous trouvons le parking habituel de Roissy complet et devons aller quémander une attestation au caissier pour éviter de subir le plein tarif. En salle d'embarquement, le vol de Zurich se fait attendre et retarde le nôtre. Heureusement qu'il y a de la lecture. La perspective d'avoir à sécher des chaussures prochainement nous fait prendre une cargaison de journaux qui ne serviront pas tous. Nous décollons enfin pour Billund.
Dès l'atterrissage, nous sommes pris en charge par une hôtesse
qui nous guide vers un autre avion en attente. Correspondance
rapide. Deux passagères françaises sont dans notre
cas. L'avion décolle tout de suite tandis qu'un gamin hurle et
que les passagers se précipitent sur le catalogue des ventes
hors taxe. La mer de nuages remplace bientôt le soleil et va
durer tout le vol.
Dès l'avion posé et après les applaudissements, nous apercevons notre premier huîtrier-pie en bord de piste. Il n'a pas l'air de faire très chaud. Les habitués ont gardé des vêtements à portée. Les touristes débarquent en T-shirt et se font repérer par le douanier. Quelques formalités. Nous achetons un pass au bureau du tourisme pour voyager entre les îles et réservons notre premier ferry vers Mykines qui part dans 40 minutes de Sørvágur à trois kilomètres d'ici. Il faut entretemps trouver un magasin qui vend du gaz car les transports aériens limitent ce genre d'approvisionnement.
Départ à pied et en short-basket pour le village. Prise
de contact avec ces îles. Un petit vent frais nous incite
à remettre promptement un pantalon. Le paysage sans arbres
parait austère. Des landes vertes à perte de vue et le
haut des reliefs dans les nuages.
Nous trouvons un magasin et achetons le gaz qui nous manque. Nous réalisons également qu'il y a un décalage d'une heure à prendre en compte sur notre montre. Ca nous laisse un peu de temps. Le port est désert. Laissant nos affaires sur le quai, nous tournons aux alentours pour observer les eiders et les sternes pas farouches. Un ornithologue danois nous rejoint peu après. Il nous confie qu'il en est à sa troisième tentative pour aller sur Mykines. Ca promet. Un guillemot à miroir passe près du bord. Youx fait des coches.
Après plus d'une heure d'attente, un coup de
téléphone du danois nous renseigne: il n'y a pas de
bateau aujourd'hui malgré les horaires annoncés. Petite
minute de déception: Mykines s'avère être une
mecque de l'ornithologie avec sa colonie de fous de bassans et nous
allons rater cela.
Nous bâtissons rapidement un programme de remplacement. Il est 16h. Nous irons ce soir planter la tente à Gásadalur et continuerons demain vers la côte nord pour prendre un ferry dimanche soir ou lundi matin.
Le village de Gásadalur est le
dernier village de l'archipel qui n'est pas relié par une
route. Un sentier escarpé débute à deux
kilomètres de Bøur pour rejoindre le village où
résident encore une quinzaine de personnes. Cette
randonnée de quelques heures est une bonne mise en condition
pour notre semaine. Le coin a l'air assez reculé pour ne pas
rencontrer beaucoup de monde. La route d'accès à
Bøur longe le fjord de Sørvágur. Les rencontres avec des
eiders se font fréquentes. Il y a aussi des élevages de
saumon remarquables par leurs bassins où s'agitent des
spécimens de belle taille. Youx croit reconnaître un
mergule nain. Je me garde bien de le détromper. En l'absence de
spécialistes plus éminents, c'est lui le
spécialiste durant cette semaine. Arrivant près de
Bøur, les toits recouverts de gazon surprennent. Les moutons
vont-ils brouter sur les toits ? Comment passent-ils la tondeuse
la-dessus ?
Sur l'autre bord du fjord, le rocher de Tindhølmur attire notre regard. Son versant sud à pic contraste avec la pente régulière du versant opposé. Une sorte de sculpture moderne de cinq cent mètres de hauteur. Après le village, notre premier courlis. En fait, nos premiers courlis tellement ils abondent dans les prés. Nous apercevons furtivement une bécassine avec un vol remarquable. Aussi remarquable est son cri qui ressemble au bruit d'une règle en plastique plaqué sur une table.
Le terminus de la route apparaît bientôt. Quelques
campings-cars à proximité des travaux abandonnés
d'un tunnel pour la route. Le sentier balisé démarre
immédiatement vers les hauteurs. Nous suivons les marques de
peinture orange vif et les cairns sans difficulté
particulière. Il faut monter pour rejoindre une sorte de balcon
qui longe le sommet des falaises. Les nuages nous environnent
bientôt. C'est habituel ici. Une petite pause au col. Cinq cents
mètres avec notre chargement, c'est honorable. La descente est
encore plus raide par un sentier en zig-zag. Enfin nous apercevons les
quelques maisons du village groupées en bordure d'une
falaise. Un vrai bout du monde. En face, l'île de Mykines nous
nargue avec ses rayons de soleil.
Nous posons les sacs quelques minutes pour observer la falaise toute proche. Des macareux occupent tous les emplacements de gazon disponibles tandis que les pétrels se disputent le reste. A proximité, le monte-charge rudimentaire qui permet de hisser des charges depuis les rochers en bord de mer. Egalement une plateforme pour l'hélicoptère qui assure les rotations urgentes. Les chiens du village tournent autour sans férocité. Ils ne doivent pas voir souvent du monde.
En suivant un chemin, nous arrivons au dessus des maisons dans les
pâtures à mouton. Une pancarte "Taureau
méchant" ne nous arrête même pas. Il faut
songer à trouver un coin pour camper. Si possible pas trop
près des vaches et des moutons ni sous la falaise qui nous
domine et où tournent les pétrels. Ce n'est pas la place
qui manque.
Plus tard, nous partons à la corvée d'eau à la cascade proche mais finissons trempés par pure maladresse. Une tournée de pâtes au fromage et nous nous installons pour dormir. Pas pour longtemps. Les vaches curieuses viennent tourner autour de notre tente. Je suis obligé à me livrer à un exercice d'épouvantail qui fait bien rire Youx mais réussit à chasser le bétail. Nous apercevons plus tard le fermier et sa fille qui rentrent de la traite. Il pleut dans la nuit.
Dimanche 11 juillet 1999: Gasadalur - Vestmanna
Ce matin, il ne pleut plus. C'est déjà ça. Nous
émergeons à 9h30 et partons une heure plus tard pour un
itinéraire audacieux vers l'est de l'île. Les
pétrels, huîtriers et courlis nous tiennent compagnie un
moment. Le sentier balisé de cairns monte raide vers le col
Uronagjógv (553m) et nous plongeons dans le
brouillard. Quelques lapins au bord du chemin et ça monte
toujours. Il y a maintenant un vent terrible qui nous renverse tandis
que nous atteignons un replat au niveau du col toujours dans la
purée. L'autre versant ressemble à un précipice
sur la carte. Nous ne tenons pas à vérifier. La sortie
du col est en direction d'une arête à environ cinq cent
mètres au sud. La boussole et l'altimètre ne sont pas
inutiles car la carte à grande échelle est
imprécise. La ligne de cairns oblique dans la bonne direction
et monte encore un peu à flanc mais nous la perdons au bout de
quelques centaines de mètres et aboutissons soudain à
une faille profonde et abrupte où nichent des
pétrels. C'est mauvais signe.
Le fond est invisible dans le brouillard mais le chemin est évidemment coupé. Pas question de faire de l'escalade. Mon compagnon commence à montrer des signes de nervosité. Sur la carte, le chemin continue encore, donc il passe forcément au dessus de la faille. Un coup d'oeil à l'altimètre, nous sommes un peu bas. Prenant directement dans la pente au dessus de nous, nous recherchons des indices... Après quelques minutes, un cairn. Ouf. Reprenons notre progression.
Nous nous perdons encore peu
après et devons revenir en arrière pour découvrir
l'arête qui débouche sur un couloir raide mais
franchissable. A force de descendre, voici à nouveau
l'herbe. Bientôt le brouillard se dissipe. C'est
Slaettanesgotan.
Le panorama nous dévoile de nouvelles falaises et des cascades dans un paysage d'île inhabitée. Superbe. Un pluvier doré tourne et joue à cache-cache. Nous montons sur un promontoire proche pour observer la petite plaine de Vikár en dessous de nous qui est visiblement habitée. Quel isolement. La plage est jonchée de troncs d'arbres, résidus de tempête et fourniture gratuite de bois pour les habitants. La carte nous montre deux sentiers pour continuer. Nous choisissons d'aller visiter un petit lac tout près.
Il est temps de faire une pause. Les émotions de ce matin nous
ont creusé l'appétit. Devant Youx surpris et
amusé, je déballe mon matériel de pêche et
tente quelques lancers. En vain. Il n'y a pas assez d'eau à cet
endroit. Nous repartons pour explorer la belle rivière en
contrebas et les berges du lac Fjallavatn. Un labbe cherche des proies
dans les parages. Nous observons son manège. L'eau plonge dans
une gorge aux parois pleines de nids pour rejoindre la mer. Recherche
d'un gué sans succès. Nous longeons le lac avec de
multiples pauses ornitho. Paysage de tourbières tout
autour. Quelques cabanes de pêcheur. Des taches de soleil se
promènent dans le paysage. Le chemin disparaît au bout du
lac. Nous continuons au sud-est vers un col peu marqué. Un
jeune labbe manque de se faire marcher dessus. Il se plaque sur le
sol. Les parents ne doivent pas être loin.
Un peu plus loin, catastrophe. Youx découvre que sa belle carte
de transport achetée hier a subi les intempéries et se
trouve complètement déchiquetée, ce qui le plonge
dans un désespoir profond. Pour lui remonter le moral, un petit
café. Puis nous discutons. Le programme initial était de
traverser directement vers Oyrargjógv par un col mais comme
nous ne sommes qu'à quelques kilomètres de
l'aéroport, le plus simple est d'aller faire remplacer la carte
et de prendre le bus. Une traversée de marais puis un chemin
nous conduisent vers la civilisation. La carte changée, le bus
nous emmène directement au ferry qui traverse vers
Streymoy. Nous quittons l'île de Vágoy pour y revenir à
la fin du séjour. Nouveau café dans le ferry puis
courses alimentaires à la station Shell de Vestmanna. Nous
constatons après visite du village que les magasins sont
fermés à cette heure et que notre intuition fut bonne
d'être passé à la station service. En montant au
dessus des dernières maisons du village, nous trouvons un
endroit pas trop cabossé pour poser la tente. Une
tournée de riz mexicain lyophilisé et hop, au lit. Le
plafond nuageux est redescendu aux environs de cent mètres
d'altitude.
Lundi 12 juillet 1999: Vestmanna - Eiði
Lever 10h. Le temps s'est un peu dégagé. Remballage et
départ vers le nord en longeant une cascade. Montée
parmi les cairns et moutons. Pluviers et huîtriers
également. Sur la crête, le chemin Saksunarvegurin longe
un grand lac. Le col vers Saksun, notre but, est au bout de la
vallée. Endroits très rocheux et petits marécages
aux allures de tourbières vosgiennes. Montée en douceur
vers le col Oksagilshalsur (451m). Le versant nord est creusé
par l'érosion qui forment de nombreuses rigoles. Certaines
servent d'abreuvoirs à moutons. Nous cherchons à nous
abriter du vent d'ouest qui a fait son apparition au col. Plus bas,
une rupture de pente nous donne l'endroit idéal en vue de
Saksunardalur.
Peu de traffic sur la route que nous rejoignons. Quelques
campings-cars, un bus de touristes, des voitures françaises. La
vallée d'origine glaciaire est superbe agrémentée
de quelques cascades mais le chemin est long jusqu'à
Saksun. Une concentration d'oiseaux attire notre regard en amont du
village. Des nuées de pétrels tournoient près de
leurs nids.
En arrivant au village, nous cherchons l'arrêt de bus sous une légère pluie. Il est introuvable. L'intérieur de l'église en bois clair contraste avec son toit de gazon. Une visite chez des autochtones nous permet d'obtenir de l'eau. On nous conseille la visite du musée voisin mais on n'a jamais vu de bus à Saksun. Allons bon. Le retour sur la route va être long si nous ne trouvons pas un moyen de sortir de ce trou.
Le musée est aménagé
dans une ferme traditionnelle. Il montre l'habitat typique de
l'archipel au début du siècle. Ferme toute en longueur
bâties en pierre avec toit recouvert de gazon, portes assez basses et
pièces éclairées par des ouvertures dans le
toit. Ressources maigres tirées du sol, de la mer ou des
animaux.
Après la visite, un petit café sur le réchaud puis descente vers la mer qui forme une sorte de grand lac en contrebas du village. Un peu de pêche au lancer en attendant le bus. Exploration rapide du défilé qui conduit vers la mer. Belle éclaircies et lumières changeantes.
Nous remontons avant 18h pour éclaircir le
mystère du bus. Une danoise attend aussi. En fin de compte, une
voiture se présente. La conductrice fait la navette avec sa
voiture vers Oyrarbakki pour le compte de la compagnie de cars. Elle
nous débarque à la station Shell.
La station service est ici la plaque tournante des transports en bus. On peut y faire ses courses, y boire un café, y acheter les journaux. Nous complétons nos réserves et écrivons des cartes postales en attendant la correspondance.
Le bus suivant nous emmène à Eiði à une dizaine de kilomètres où nous avons repéré un camping. Le soleil fait une belle apparition à tel point que nous brusquons notre installation de tente pour partir rapidement vers Eiðiskollur, le sommet qui domine le village à 350m.
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La mer et les montagnes proches sont visibles pour la
première fois dans ces conditions. La montée parmi les
courlis débouche sur des falaises à pics
encombrées de pétrels et de macareux qui volent en tout
sens.
Tout en bas, les deux rochers de Risin et Kellingin nous semblent minuscules. Ils font pourtant près de 80 m de haut. Le soleil se couche doucement tandis que nous rentrons au village. Une douche, un dîner rapide et au lit. Les plans pour le lendemain vont bon train.
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Mardi 13 juillet 1999: Eiði - Viðareiði
Ce matin, le programme chargé impose un lever matinal à 7h30. Le beau temps d'hier soir n'a pas duré évidemment et les nuages bas ont repris leur place. Nous quittons le camping à 8h45 et traversons le village pour monter en direction de Gjógv. La route directe ne nous plait guère. Aussi allons nous essayer de franchir le col qui sépare le sommet du Slattaratindur (882m) du sommet du Grafelli. Repéré hier soir à la jumelle, ça a l'air faisable mais nous ne connaissons pas l'autre versant du col.
Nous quittons la route après avoir admiré de loin les falaises d'hier soir et le terrain de foot au sol vert fluo. Montée à vue dans les pâturages. Nous dépassons le captage d'eau de Eiði et entrons dans une sorte de combe sous le col. Le plafond nuageux se rapproche. Quelques moutons peu habitués à voir du monde dans ces parages nous surveillent. Nous plongeons dans la crasse. La boussole est ressortie. Le col est très plat et jonché de pierres. Un petit vent fait défiler les nuages. On ne voit pas à 30 mètres. Ambiance. L'autre versant est supposé infranchissable. Il va falloir ruser à nouveau.
Obliquant à angle droit vers la gauche, nous rejoignons au nord
les premières pentes du Grafelli et longeons ensuite celui-ci
à flanc vers l'est. A droite, nous devinons un vide assez
important, impression confirmée par les quelques pétrels
aperçus. Nous sommes maintenant un peu abrités du vent
mais pas pour autant tirés d'affaire. Le terrain se redresse
légèrement. Nous devons prendre un peu de hauteur pour
éviter de s'approcher trop près du bord. Enfin,
après un quart d'heure dans ces conditions, nous arrivons
à l'arête est qui doit nous ramener vers le bas. Quelques
passages d'escalade faciles se succèdent pour passer les
petites barres rocheuses qui coupent notre progression. La recherche
de l'itinéraire le plus aisé devient presque un
jeu. Youx ne semble pas trop paralysé et progresse
régulièrement. Pour finir, les nuages disparaissent
brusquement nous dévoilant le col Gjaarskard et le village de
Funningur au bord de l'eau.
Nous reprenons la route en descente interminable pour les derniers kilomètres vers Gjógv. Un camion citerne prudent nous accompagne lentement en économisant ses freins par un usage exclusif du frein moteur. Nous atteignons bientôt les premières maisons et cherchons l'arrêt de bus qui doit nous permettre de repartir d'ici. Il est au milieu des maisons près de la poste qui est fermée à cette heure. Nous partons en exploration chacun de notre coté.
Le village est bâti au bord d'une sorte de faille qui abrite un
port naturel. Un plan incliné équipé d'un treuil
permet de déplacer les quelques barques de pêche qui s'y
abritent. Tandis que je visite l'endroit, un troglodyte s'enfuie dans
la falaise qui me domine. Le fond est bien visible à travers
l'eau verte et transparente. Je retrouve Youx au sommet de l'escalier
d'accès. Il n'est pas mécontent de ses observations
d'oiseaux sur la grève: un merle à plastron, huit
chevaliers, des tournepierres et une hirondelle de rivage.
Nous remontons le village vers l'auberge de jeunesse en quête d'un
café. La disposition de la salle commune est peu commune: des
chambres en alcôves fermées par une simple porte coulissante
encerclent complètement la pièce principale. On peut
presque prendre son petit déjeuner en tendant le bras depuis
son lit. Nous commandons un forfait café-crêpes qui nous
est servi avec des bougies allumées. Très classe. Le
temps de quelques cartes postales et il est bientôt 13h, l'heure
du bus.
Il est exact au rendez-vous mais ressemble plus à un 4x4 qu'à un bus. Nous ne ferons pas les difficiles. En route pour Elduvík. Il faut remonter au col de ce matin, descendre vers Funningur et aller faire le tour du fjord. Une ballade de trente minutes. L'endroit est aussi du genre bout du monde. Des jolies maisons colorées et un parc à bateaux qui ressemble à un amphithéâtre grec. Nous dénichons un petit rocher en bord de mer pour une partie de pêche avec pique-nique.
Le site n'est pas trop mal mais amplement fourni en algues de toutes
sortes qui ne tardent pas à bloquer une de nos
cuillères. Nous la perdrons malgré tous nos essais de
récupération. Le bilan est quand même positif avec
cinq poissons attrapés. Divers anatidés tentent de
distraire Youx en passant dans son champ de vision mais il reste
insensible à ces canards.
Nous reprenons notre randonnée par le sentier Sniðgøta doit nous conduire à Oyndafjørður. Cette partie de la côte est constituée d'une pente forte qui relie une falaise au dessus de nous au bord de l'eau. Le chemin s'engage à flanc là dedans et passe dans des endroits peu recommandables au point de vue de l'horizontalité. Il est absolument impossible de quitter le sentier et d'ailleurs nous n'en éprouvons aucune envie. Un kilomètre plus loin, nous croyons voir des macareux en contrebas mais en nous approchant, ceux-ci paraissent bien peu farouches. Ce sont en fait des faux oiseaux en bois qui doivent servir d'appelants pour la chasse. A moins qu'il ne s'agisse de se moquer des touristes. Le sentier gagne maintenant un col pour rejoindre le versant sud qui descend doucement vers Oyndafjørður.
Comme nous arrivons au village, il commence à pleuvoir et nous perdons le sentier. Mais le plus difficile est fait. Le magasin du village est encore ouvert. Quelques courses pour compléter notre ravitaillement puis séance de cartes postales sur une table de pique-nique en attendant un nouveau bus. Etant donné la météo qui persiste dans l'humide, les options de randonnée sur l'autre rive du fjord (traversée entre Hellur et Fuglafjørður) sont abandonnées. Le plafond nuageux est descendu plus bas que le col que nous voulions franchir et nous avons déjà donné aujourd'hui dans le genre "marche à l'aveuglette". Nous irons ce soir au camping de Klaksvík.
Un minibus nous emmène par une route en lacets vers Skálabotnur. Le chauffeur est un jeune homme qui a transformé son véhicule en une sorte de discothèque ambulante. Vu le diamètre des haut-parleurs, il peut sonoriser facilement un fjord à lui tout seul. Nous n'aurons pas l'occasion de tester l'installation car il nous dépose peu après à la station Statoil qui sert de gare routière. Nous prenons un café en attendant le bus 400. Dans celui-ci, nous retrouvons la danoise rencontrée à Saksun et lui racontons nos aventures. Correspondance avec le ferry à Leirvík. Re-café dans le bateau tandis qu'il continue à pleuvoir. Nous débarquons à Klaksvík avec l'intention de trouver le camping qui est mentionné sur la carte. Les magasins sont évidemment fermés mais les provisions sont suffisantes.
Après exploration du quartier, il faut se rendre à l'évidence: pas de camping. Il faut passer à une étape supérieure: demander de l'aide aux autochtones. Après une discussion préliminaire, l'un d'eux nous invite à entrer prendre un café. Discussion en anglais et féroïen. Le garage de la maison abrite une partie de la rédaction du journal local. Ca parle de football. On nous montre des photos. On parle également des baleines et des chasses traditionnelles, les "grindadrap". La viande de baleine est encore consommée couramment et on nous en propose d'ailleurs un morceau en direct du congélateur mais comme elle nécessite deux heures de cuisson, nous déclinons l'offre. Pour finir, on revient à notre camping. Apparemment, il n'a jamais existé à Klaksvík. Mais comme il pleut et qu'il ne veut pas nous mettre dehors comme ça, Oliver, le maître de maison, se propose de téléphoner à son cousin à Viðareiði à 15 kilomètres d'ici pour savoir quel temps il fait. La réponse nous étonne un peu: il ne pleut pas. Nous apprenons ainsi que la météo et les précipitations sont fortement liés à la direction des masses d'air et qu'il vaut mieux être sous le vent de l'archipel qu'au vent. Après ces explications, nous sommes conviés à prendre place dans la voiture car Oliver veut absolument nous convoyer sur place pour s'excuser de la météo.
Le trajet est court et le moment le plus marquant
est sans doute la traversée à 100 km/h d'un tunnel
à voie unique. C'est une sorte de roulette russe où deux
voitures avancent face à face le plus vite possible dans
l'espoir que l'autre véhicule va se garer dans l'une des aires
de dépassement aménagées de proche en
proche. Tout se passe finalement bien et nous débarquons
à Viðareiði vers 20h avec en sus une autorisation de
planter la tente dans un fond de jardin. Il ne pleut pas et la
météo a l'air en effet plus accueillante ici. Nous
prenons congé de nos convoyeurs en les remerciant et installons
la tente.
Soupe générale puis préparation des poissons pêchés aujourd'hui dans la gamelle en aluminium. En plein milieu de cette opération, panne de gaz et plus grave, avarie ennuyeuse au réchaud. Il faut improviser une réparation avec les moyens du bord, c'est à dire peu de choses. Finalement, après un changement de cartouche problématique, la cuisson peut reprendre mais le réchaud semble condamné à moyen terme. En fin de repas, nous sommes agressés par les moustiques tandis qu'un petit vent frais fait son apparition. La visibilité se lève doucement sur le paysage environnant et je vais faire quelques photos avant le coucher. Belle journée.
Mercredi 14 juillet: Viðareiði - Hattarvík
Je me lève à huit heures pour préparer le petit déjeuner. Soleil timide dans l'axe de la tente. Nous partons à 9 h pour tenter l'ascension de l'Errisberg avec ses falaises renommées. Le sentier au dessus du village est très vague et rejoint une ligne de cairns qui s'élève sur un grand versant orienté sud. Comme le plafond est à mi-hauteur, nous plongeons bientôt dans le brouillard à partir de 500 m.
La recherche d'itinéraire n'est pas très
compliquée si l'on suit les jalons réguliers. Vers 800 m,
la montée se termine et oblique à gauche pour suivre une
arête en légèrement descente vers l'ouest puis vers
le nord. Plus loin, l'arête se rétrécit pour
passer une sorte de col étroit. Youx grogne mais suit.
Toujours aucune visibilité. Nous retrouvons pour quelques
centaines de mètres un plateau. Tout au bout, nous arrivons
face au précipice. On distingue une fois de plus des
pétrels, oiseaux habituels de ces endroits, qui passent en tout
sens. Attendons toujours un peu que ça se dégage. Mais
ça ne se dégage pas. Demi-tour par le même chemin
et retour à la tente.
Une fois sortis des nuages, une légère variante nous
fait traverser à flanc pour atteindre les falaises qui plongent
vers l'est. A peine 300 m de hauteur mais l'impression de vide est
déjà très sensible. Au loin, l'île de
Fugloy où nous comptons nous rendre cet après-midi et
toujours le ballet des pétrels et macareux.
Durant le retour au village, la pluie recommence. Nous remballons la tente rapidement, faisons les sacs puis gagnons l'arrêt de bus qui jouxte le magasin d'alimentation. Quelques emplettes en attendant le bus de 13h40. La danoise d'hier est encore une fois sur notre chemin. Elle va également à Fugloy aujourd'hui.
A Hvannasund, le quai étant désert, nous attendons
patiemment le ferry en buvant un café maison. Finalement un peu
avant 15h une certaine agitation apparaît qui aboutit à
un appareillage à l'heure, une fois le chargement
effectué.
Le petit salon pour les passagers est trop étroit et nous
montons à l'étage supérieur pour profiter du
paysage et des oiseaux rencontrés.
Nous sortons lentement du fjord constitué par les îles de Borðoy et Viðoy et gagnons tout d'abord Svínoy pour une première étape. Quelques fermes aquicoles le long des rives. Le temps s'est un peu amélioré et la visibilité sur les falaises toutes proches est très bonne.
Premier arrêt. Une vingtaine de personnes attendent sur la
jetée. Mise en route de la grue qui charge et
décharge les caisses, fûts et poubelles. Le capitaine surveille
tout cela attentivement en pilotant sa télécommande.
Nous repartons bientôt vers Kirkja sur Fugloy. Même scénario ici. Le bateau est amarré par l'avant et garde ses moteurs embrayés tandis que toute la population locale assiste au débarquement.
Nouveau départ, cette fois pour rejoindre Hattarvík où nous descendons. Là aussi, la moitié du village est présente. Nous sommes quasiment les seuls touristes et ne passont pas inaperçus avec nos sacs à dos.
Nous remontons tranquillement la seule rue pour nous éloigner un peu des maisons et trouver un endroit tranquille.
Un chantier de goudronnage de la route est en pleine
activité. Tous les véhicules disponibles, un camion, un
tracteur et un triporteur, ont été mis à
contribution pour monter les matériaux. Et comme le chemin
n'est pas assez large pour permettre les croisements partout, cela
donne lieu à un ballet assez comique entre ceux qui montent et
ceux qui descendent. Le tout dans un bruit de moteur continuel.
Nous trouvons une prairie dominant le village et plantons la tente avant de pique-niquer face à la mer. Petit rayon de soleil et belles lumières qui ne durent pas sur les maisons en contrebas.
Petit café à l'orée de la tente. Ensuite départ pour explorer la crête à l'est du village. Nous rejoignons d'abord un col avec des moutons puis longeons le bord de la falaise éboulée par endroits. Au sommet un panorama complet sur l'île et une vue plongeante sur la mer vers l'est. Le ciel s'est dégagé et les conditions de visibilité sont bonnes.
Un technicien accompagné par trois chiens est en train
d'inspecter le phare. Il nous hèle depuis la plate-forme
sommitale et nous demande si nous avons du feu. Comme j'ai mon briquet
à portée, je monte le lui prêter. Il essaie
d'allumer les brûleurs à gaz avec une boîte d'allumettes
un peu humide et échoue. Pour nous remercier, il nous montre un
autre phare perdu tout au bas de la falaise. Ses chiens n'ont pas
l'air agressifs et nous tournent autour. Nous le laissons à ses
réparations et redescendons tranquillement au col qui
sépare l'île en deux.
Petit conciliabule entre nous. Ne connaissant pas les conditions météo de demain, nous décidons d'enchaîner directement la balade sur l'autre sommet de l'île, ce qui implique 400 m à remonter immédiatement.
Durant cette ascension, nous traversons une zone humide où
visiblement des sternes nichent comme en témoignent les
attaques en piqué violentes dont nous sommes les
cibles.
Heureusement, ça ne dure pas et nous atteignons bientôt le bord d'un vaste plateau sommital dominé au loin par une grande antenne vers laquelle nous marchons maintenant. La vue s'est étendue vers le reste de l'archipel mais des nuages nous masquent encore les sommets.
Au bout d'une marche interminable, nous sommes au pied de
l'antenne et pouvons nous approcher des falaises du coté
ouest. En face, nous devinons Viðareiði ainsi que la
silhouette caractéristique de l'Errisberg qui est à
présent sorti des nuages.
Petite collation au bord du gouffre puis demi-tour vers la tente. Nous suivons la longue arête qui nous ramène près de la route puis empruntons un sentier qui plonge en direction d'Hattarvík. Je profite d'un ruisseau pour faire le plein d'eau.
Dîner rapide et dodo avec en bruit de fond le va et vient de l'équipe goudron jusqu'à 23h.
Jeudi 15 juillet 1999: Hattarvík - Runavík
Lever un peu à la bourre à 7h50. Le bateau passe
à 9h Nous ne voulons pas rester sur cette île
explorée à fond hier. Rapatriement sur la jetée
du port avec armes et bagages et séance de pêche pour
passer le temps.
Un phoque vient tourner près du bord mais se planque quand il s'agit de faire des photos. Des macareux pêchent également dans le coin. Sur la falaise qui nous domine, des guillemots à miroir nichent. Nous réussissons à sortir trois poissons qui sont vidés sur le champs par la main experte de Youx.
A 9h15, toujours pas de bateau. Nous commençons à
faire des projets de virée dans les coins inexplorés de
l'île quand le gardien de phare d'hier fait son apparition et
nous explique que le bateau arrive. En effet, quelques instants
après, la silhouette familière du
"Másin" surgit. Comme il y a un peu de houle, le
bateau ne s'approche pas trop du bord et il faut profiter d'une vague
pour embarquer. Nous sommes les seuls passagers à part le
gardien. Sur le chemin du retour, nouveaux arrêts à
Kirkja et Svínoy.
Le contrôleur nous demande où nous allons et comme nous lui indiquons Klaksvík, il nous signale qu'il va demander la correspondance du bus par radio. La pluie et le mauvais temps recommencent peu avant d'arriver. A 11h30 nous sommes à Hvannasund où le bus 500 nous attend pour nous ramener à Klaksvík.
Nous commençons déjà à
prévoir un enchaînement de ferry vers Kalsoy avec un
battement un peu limite mais un stupide incident vient perturber nos
prévisions. Dans le dernier tunnel à voie unique, une
voiture s'obstine à vouloir le passage et refuse de reculer
devant le bus. Quelques échanges en féroïen de paroles
aimables. Le chauffeur de la voiture cède au bout de dix
minutes et recule. Mais quand nous arrivons enfin au port, le ferry
pour Kalsoy est parti depuis vingt minutes. De toute façon,
c'était un peu juste. Par contre l'incompréhension
continue car le chauffeur de notre bus a lui aussi demandé la
correspondance par radio avec le ferry pour Leirvík. Il parait
un peu surpris quand nous partons à pied vers la ville alors
que le ferry attendait notre embarquement pour partir.
Comme on n'a plus tellement d'idées de ferry et de bus, on cherche un endroit où prendre un café et écrire quelques cartes postales. Nous sommes dans la seconde ville de l'archipel mais malgré tout, trouver un endroit similaire relève de l'exploit. Nous aboutissons dans une salle à manger d'hôtel et passons là deux heures à faire notre correspondance et à compulser les horaires.
Youx propose ensuite une séance de piscine qui est votée
à l'unanimité. Le stockage des sacs à dos
à la caisse ne semble pas poser de problèmes
particuliers. Une séance de décrassage, quelques
longueurs de piscine (deux) pour Youx et en prime un petit tour au
sauna.
Nous sortons de l'endroit un peu plus propres et partons faire quelques courses alimentaires. A 19h, nous sommes de retour au port pour attraper le ferry de Leirvík. Nous tombons sur Oliver et Elsa, nos convoyeurs de l'autre jour, à l'entrée du bateau et également sur la danoise habituelle qui rentre justement de la virée à Kalsoy que nous avons manquée. Elle retourne à Leirvík alors que nous poursuivons en bus vers Runavík.
Le temps ne s'améliore pas. Un tunnel nous mène à Søldarfjørður où nous changeons de bus. Le chauffeur nous indique l'emplacement du terrain de camping, une sorte de parking sans gazon à coté du gymnase municipal. Nous plantons la tente dans l'herbe en contrebas et dînons dans la cabane minuscule qui abrite un évier et des toilettes. A 22h, comme la pluie s'est arrêtée et qu'il fait jour encore un certain temps, nous envisageons immédiatement une randonnée pour faire le tour de la pointe sud de l'île.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Tout d'abord, la route jusqu'à Aeduvík au milieu de zones plus ou moins marécageuses. Une éolienne géante mugit à proximité. Ensuite une vague trace qui longe le pied de la falaise à flanc sur un terrain de plus en plus incliné. En face de nous, Nólsoy et au fond la capitale Tórshavn où nous serons demain si tout va bien. Nous passons la pointe sud en suivant des traces de moutons. Le retour se fait par le coté ouest en évitant les failles qui coupent le terrain et les moutons un peu paniqués à cette heure tardive.
Nous traversons Nes, puis Toftir qui possède une belle église moderne et enfin rejoignons la tente à 1h15 après une dernière traversée de tourbière hors sentier dans l'obscurité et les barbelés. On met en place un fil à linge pour sécher les vêtements et dodo.
Vendredi 16 juillet 1999: Runavík - Nólsoy
Ce matin, on est à la bourre. Le bus pour Toftir passe dans
quinze minutes et on a pas encore fait les sacs. Comme on doit
enchaîner avec un ferry pour Tórshavn, il n'est pas
question de se planter. C'est au pas de course qu'on rejoint
l'arrêt de bus alors qu'un soleil timide commence à se
montrer. Mais comme d'habitude, les voies du Ferðaætlan
(l'horaire officiel) sont impénétrables: le ferry
envisagé ne circule qu'à partir du 1er aout et le bus
est en fait un minibus. Qu'à cela ne tienne, nous irons
à Tórshavn par la route.
En avant donc pour Søldarfjørður où nous attrapons le bus 400 qui fait la navette entre Leirvík et la capitale.
Le temps est redevenu médiocre et n'incite pas trop à la randonnée. Les kilomètres défilent ainsi que les stations services. Nous retrouvons des endroits déjà visité: Statoil à Skálabotnur, Shell à Oyrarbakki. Quelques tunnels aussi qui évitent des kilomètres de routes en lacet.
Il pleut toujours quand nous débarquons au terminal des
bus sur le port de Tórshavn. Le bateau pour Nólsoy ne
démarre qu'à midi. Cela nous laisse un peu de temps pour
faire une visite à l'Office du Tourisme et prendre un
café dans un salon de thé de l'autre coté de
Tinganes, la colline du parlement historique. Petite tournée de
cartes postales et plans pour
l'avenir.
Nous envisageons la nuit prochaine sur Nólsoy et un rapatriement demain vers Vágoy et son aéroport. Mais pour l'instant rejoignons le quai où le "Ritan" fait mugir sa sirène signalant son départ imminent.
Sur le pont avant, une voiture a été soigneusement amarrée. Pas mal de touristes sur le bateau qui profitent de l'existence d'une autre navette à 15 h pour se payer une petite virée dans l'île d'en face. Le trajet est ridiculement court et en 20 minutes, on quitte la ville pour se retrouver à la campagne.
Le soleil daigne se montrer pour agrémenter notre
arrivée au port. Les petites maisons multicolores sont
alignées bien sagement le long des quelques rues. Le port
laisse juste la place au ferry pour faire demi-tour. Ici encore, la
navette est l'événement de la journée et le public local
surveille du coin de l'oeil tous ces étrangers qui
débarquent.
Tandis que nous montons vers le point d'information local, le propriétaire de la voiture transportée a repris possession de son engin et s'amuse à le faire vrombir sur les quelques centaines de mètres de goudron. Présence un peu anachronique de ce véhicule bruyant dans ce coin d'île calme.
Le bureau d'information est atteint après un parcours
labyrinthique dans les ruelles. On nous propose de nous installer pour
camper dans le jardin en contrebas. Cela nous convient d'autant plus
que le soleil est maintenant bien présent et qu'il nous donne
l'occasion d'une séance déballage-séchage tandis
que nous pique-niquons. Un petit café et nous retraversons le
village à 14h30 avec comme destination la partie sud de
l'île.
Le magasin local est ouvert. On ne néglige pas une pareille occasion. Hélas, le stock de pain est épuisé. Nous nous contenterons donc de krisprolls. Devant nous à la caisse, les françaises en correspondance avec nous à l'avion de Billund achètent des glaces. L'archipel est vraiment petit. D'ici à ce qu'on retrouve la danoise, il n'y a pas loin.
La montée
plein sud nous fait prendre de la hauteur jusqu'à dominer le
village progressivement. Le "Ritan" termine sa rotation de
15 heures en éloignant les touristes. Nous allons pouvoir
explorer tranquillement. Sur le sommet à 372m, vue
étendue sur les îles alentour et sur quelques oiseaux
habituels: pluviers, courlis, huîtriers. Un panorama si vaste est par
contre inhabituel. Pourvu que ça dure. La suite de l'île
n'est pas visible.
Nous tâchons de rejoindre les hautes falaises qui bordent
l'île du coté est. D'après la carte ça a
l'air assez impressionnant. Une fois sur place, nous confirmons
effectivement cette impression. Des nuées de pétrels et
macareux voltigent à tous les niveaux de cet immense HLM tandis
que sur l'eau, chaque point représente un oiseau
posé. Il est difficile d'imaginer plus dense. Les autres
occupants sont quelques moutons qui parviennent à
accéder à de minuscules terrasses en saillie sur la
paroi par on ne sait quel chemin.
Nous longeons le vide sur quelques kilomètres tandis qu'une
averse vient se rappeler à notre bon souvenir. Le bout de
l'île approche. Une dernière coupure dans le terrain et
nous arrivons enfin au phare qui marque le terminus de cette
face. Petite pause chocolat-pomme au pied de la maçonnerie
imposante avant de poursuivre vers l'autre phare sur
l'extrémité sud. Quelques petits lacs abritant des
eiders. Plus loin, les sternes mènent un combat farouche contre tout
intrus susceptible de perturber la zone de nidification. Un labbe et
quelques goélands en font l'expérience. Après
un essai, nous rebroussons prudemment chemin et rentrons vers
le village.
Les marais et tourbières se succèdent tout au long des
sept kilomètres de notre trajet et nous arrivons un peu las en
vue des maisons. Youx s'arrête pour une dernière
observation sur une falaise à Gronadalsnova tandis que je
rentre faire chauffer la soupe. A celle-ci succède une
platée de pâtes à la tomates qui nous remet
d'aplomb.
Un vieux gréement aperçu ce matin vient de rentrer au port. Son équipage passe en revue un répertoire de chansons dont nous ne comprenons rien tout en éclusant des bouteilles de bière à un rythme respectable. Une petite visite au bord du quai ne nous en apprendra pas plus. Il doit s'agir d'une sorte de bisquine locale. Nous découvrons par la même occasion la maison du conservateur de l'île avant de rentrer nous coucher. Les gamins du village sont tous en train d'essayer des rollers dans les petites rues.
Samedi 17 juillet 1999: Nólsoy - Miðvágur
Le temps est bouché ce matin. Nous avons bien fait de marcher
hier. Pour gagner du temps, nous avons décidé de prendre
un café à la Kaffistovan du village avant de prendre le
ferry à 9h15. La propriétaire est un peu surprise
d'avoir des clients à cette heure mais finalement tous se passe
très bien. Elle nous fait même traduire une
dédicace en français de son livre d'or. Nous sommes un
peu confus de nous enfuir pour attraper le bateau qui ne fait qu'un
arrêt bref, juste le temps de monter à bord.
Durant la
traversée vers Tórshavn, je crois voir un couple
d'hirondelles sur l'eau mais les jumelles ont été
rangées dans le sac à dos. Tant pis pour
l'identification. Il s'avérera que ces "hirondelles"
sont des océanites tempêtes (Hydrobates pelagicus
), oiseaux pour lesquels l'île de Nólsoy est
réputée. De plus, nous apprendrons un peu plus tard ce
même jour que ces oiseaux ne sortent que la nuit et que si nous
avions eu le courage d'une sortie nocturne hier soir, nous n'eussions
pas manqués d'en apercevoir un grand nombre. Ces informations
sont glanées lors d'une discussion avec un ornithologue
français rencontré par hasard dans une librairie de la
ville. Après cette mise au point nous avouons notre ignorance
mais on ne nous y reprendra pas deux fois.
La recherche d'un restaurant honnête pour déjeuner occupe nos esprits en fin de matinée. Nous échouons dans une cafétéria de centre commercial et après quelques courses chez Miklagardur, nous reprenons nos esprits devant quelques frites à l'aspect rassurant. Les plannings de bus sont consultés pour une possible excursion en bord de mer entre Gamlarætt et Kirkjubø. Mais comme nous n'avons pas trouvé le bus 101, la question a été vite réglée. L'activité de remplacement fut une nouvelle séance de café-cartes postales dans le même café que la veille. Au moment de régler, un problème de communication manifeste met en prise Youx avec la patronne qui veut 2 fois 18 couronnes et non pas juste 1 fois. Une dernière visite à l'Office du Tourisme puis nous prenons le bus pour Vestmanna sous une météo qui ne s'arrange pas. Quelques kilomètres plus loin, il nous dépose face au ferry qui rejoint Vágar. Youx, vexé par l'échec de ce matin, brave les intempéries sur le pont du bateau pour observer tout ce qui passe. Il repère ainsi des marsouins et sans doute un mergule nain ( Alle alle).
Nous enchaînons sur un nouveau bus qui nous fait passer le col
avant Sandavágur. Nous partons alors à la recherche du
camping mais vu la météo, changeons de cible et
cherchons maintenant l'auberge de jeunesse. Elle est au bout du
village à deux kilomètres du coté de
Miðvágur et ne paie pas de mine avec un look
"Algeco" rose du plus bel effet. A l'accueil, une famille
danoise qui ignore où sont les propriétaires mais qui
s'est installée quand même. Un mot indique un retour vers
19h. Nous avons le temps de faire un tour et partons léger vers
Miðvágur avec en projet une boucle sympathique en bord de
falaises.
Après quelques observations intéressantes dans le port, nous quittons le village et mettons le cap sur les hauteurs. La pluie redouble et le vent n'arrange rien. Nous rejoignons la ligne de crête au milieu des rafales humides et violentes. Une heure après le départ, nous sommes déjà trempés mais continuons néanmoins en direction de la cascade Bøssdalafossur en coupant à flanc plutôt que de suivre tous les sommets. La cascade vaut quand même le coup d'oeil. Le lac Fjallavatn se vide dans la mer par une chute d'une cinquantaine de mètres qui éclabousse d'écume tous les rochers du bord de mer. Nous admirons cela sous une pluie continuelle en croquant un morceau de chocolat puis rentrons vers notre gîte en une heure en observant en passant les piqués des labbes sur les intrus que nous sommes. Les propriétaires sont maintenant rentrés et nous désignent une chambre pour cette nuit.
Séance de douche-séchage puis dîner riz-tomates-maquereau sont les activités de la soirée après quoi une discussion s'engage avec les danois. Avant de nous coucher, nous parcourons le livre de bord des lieux.
Dimanche 18 juillet 1999: Miðvágur - Billund - Paris
Il n'y pas trop de problème d'horaire ce matin puisque
l'aéroport est à dix kilomètres. Les affaires
trempées ont pu sécher presque complètement cette nuit
sur le radiateur. Nous préparons tranquillement nos sacs
après le petit déjeuner et partons prendre le bus
à 10h50 en espérant que le chauffeur ne sera pas trop
regardant sur nos cartes périmées depuis hier soir.
L'attente dans l'aérogare traîne en longueur en raison de retards successifs des avions. Enfin nous embarquons vers 14h après un petit casse-croûte. Vol sans visibilité sur l'archipel puis sur la mer. Nous débarquons à Billund et subissons une première impression de chaleur lors de l'escale. Le second vol nous amène à 19h à Roissy où nous retrouvons l'ambiance estivale de juillet. La voiture récupérée, nous partons pour d'autres aventures moins humides et plus monotones.
Les oiseaux rencontrés
Ce petit compte-rendu ornithologique réalisé par Youx n'a pour but que de souligner l'omniprésence de la faune ailée sur les Féroé.
Le matériel emporté
Partant pour randonner dans un relief montagneux avec un but d'autonomie complète, nous avons éliminé les articles de poids excessifs et prit des décisions dans ce sens (une seule paire de jumelles). Le materiel suivant a été emporté:
| Item | Poids (g) |
| Sac à dos | 2250 x 2 = 4500g |
| Petite tente biplace | 1300 x 1 = 1300g |
| Duvet léger | 1200 x 2 = 2400g |
| Réchaud | 300 x 1 = 300g |
| Gaz | 300 x 1 = 300g |
| Nourriture/Gamelle | 3000 x 1 = 3000g |
| Eau | 3000 x 1 = 3000g |
| Fringues | 4000 x 1 = 4000g |
| Chaussures rechange | 1000 x 2 = 2000g |
| Polaire | 700 x 2 = 1400g |
| Goretex | 700 x 2 = 1400g |
| Poncho | 450 x 1 = 450g |
| Frontale | 300 x 1 = 300g |
| 1 paire jumelles | 900 x 1 = 900g |
| Matelas | 250 x 2 = 500g |
| Doc/Topo/Guide | 500 x 1 = 500g |
| Matériel pêche | 500 x 1 = 500g |
| Matériel photo | 1600 x 1 = 1600g |
Soit un total d'environ 28 kg (14 kg par personne).
Quelques coins sympas parmi d'autres:
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